Les champs britanniques sont désormais majoritairement cultivés grâce à la main-d'œuvre venue d'Asie centrale. En 2025, près de 78,5 % des visas de travailleurs saisonniers délivrés par le Royaume-Uni ont été attribués à des ressortissants de cette région, marquant une augmentation spectaculaire par rapport aux 7,6 % enregistrés en 2021. Cette tendance s'est confirmée début 2026, avec plus des trois quarts des visas octroyés aux pays d'Asie centrale, notamment le Kirghizistan, l'Ouzbékistan, le Kazakhstan et le Tadjikistan, devenus les principaux fournisseurs de main-d'œuvre temporaire.

Ce basculement est directement lié aux répercussions du conflit ukrainien. En 2021, l'Ukraine envoyait près de 19 900 travailleurs saisonniers, un chiffre tombé à seulement 530 en 2025, tandis que la contribution russe chutait de 2 276 à 11 personnes. L'invasion de 2022 a mobilisé les hommes ukrainiens et stoppé le recrutement russe, poussant les opérateurs britanniques à se tourner vers l'Asie centrale, une région dotée d'une jeune population excédentaire et de moins en moins d'options pour l'emploi à l'étranger.

Parallèlement, la politique migratoire russe s'est durcie. Depuis janvier 2025, les migrants sans visa ne peuvent rester en Russie que 90 jours par an. L'attentat du Crocus City Hall en 2024, attribué à des ressortissants tadjiks, a entraîné une vague de déportations et une recrudescence des raids xénophobes.

Le Royaume-Uni représente une alternative à cette hostilité croissante, mais ses opportunités restent limitées. Le programme de visas saisonniers offre moins de 40 000 places par an à l'échelle régionale, loin des millions de travailleurs encore présents en Russie. Le visa britannique n'offre aucune possibilité d'établissement permanent ni de regroupement familial, et limite le travail à six mois sur une période de dix mois avant un départ obligatoire. De plus, le quota a été légèrement réduit, passant de 45 000 à 42 900 places en 2026.

Malgré une population plus faible, le Kirghizistan a reçu 12 650 visas saisonniers en 2025, soit le double de l'Ouzbékistan (6 307 visas), pourtant cinq fois plus peuplé. Le Kazakhstan et le Tadjikistan ont obtenu respectivement 5 767 et 5 712 visas. Le taux d'approbation des candidatures étant proche de 99 %, la véritable sélection s'opère dans les pays d'origine. Le Kirghizistan et le Kazakhstan permettent aux britanniques de recruter directement, tandis que le Tadjikistan passe par une liste présélectionnée par le ministère du Travail. L'Ouzbékistan, de son côté, oriente davantage ses travailleurs vers l'Europe et le Golfe, grâce à un centre de migration d'État soutenu par l'Union européenne.

Cette voie migratoire entraîne également des conséquences inattendues, notamment une hausse des demandes d'asile au Royaume-Uni. Cette situation alimente les inquiétudes au sein du gouvernement britannique concernant les dépassements de séjour, et des discussions sont en cours pour renforcer les conditions du programme.