La capitale indienne, Delhi, est le théâtre d'une mobilisation sans précédent de sa jeunesse. Des milliers de membres de la génération Z, réunis sous la bannière du "Cockroach Janta Party" (CJP) – litt. "Parti du Peuple des cafards" – ont convergé vers les rues pour exiger la démission du ministre de l'Éducation et dénoncer les défaillances du système éducatif. Ce mouvement, né d'une satire en ligne il y a quelques mois, est rapidement devenu une force politique incontournable en Inde.
Le nom provocateur du CJP tire son origine d'une controverse majeure. Lors d'une audience, le juge en chef de la Cour suprême indienne, Surya Kant, aurait comparé les jeunes chômeurs se tournant vers le journalisme ou l'activisme à des "cafards" et des "parasites". Bien qu'il ait ensuite nuancé ses propos, affirmant viser uniquement les détenteurs de "faux diplômes", l'outrage était palpable. Le CJP, en adoptant ce nom, se moque ouvertement du parti au pouvoir, le Bharatiya Janata Party (BJP) de Narendra Modi, et ses partisans défilent parfois déguisés en cafards, transformant l'insulte en symbole de résistance.
Au cœur des revendications du CJP se trouve un système éducatif gangrené par des scandales. L'un des principaux catalyseurs de la colère est l'examen national d'entrée en médecine, le NEET (National Eligibility Entrance Test). Près de 2,28 millions de candidats se sont présentés à cet examen réputé difficile le 3 mai, après des mois, voire des années, de préparation intense. Cependant, quelques jours plus tard, l'examen a été annulé suite à des allégations de fuites massives de questions. Un coup dur pour ces jeunes, qui ont dû le repasser sous haute sécurité des semaines plus tard. Le CJP et des familles dénoncent que cette situation aurait mené au suicide d'une vingtaine d'étudiants, ravagés par le stress et la désillusion.
La tension a atteint un nouveau sommet suite au traitement réservé à Sonam Wangchuk, un ingénieur et activiste de 59 ans. Engagé dans une grève de la faim de 20 jours à Jantar Mantar, lieu emblématique des protestations à Delhi, en soutien au CJP, il a été hospitalisé de force. Cet acte, perçu comme une répression inacceptable par les soutiens du CJP, a provoqué une vague d'indignation et accentué la visibilité du mouvement. En réponse à cette détention, le leader du CJP, Abhijeet Dipke, a lui-même entamé une grève de la faim et a élargi les revendications du mouvement, appelant désormais directement à la démission du Premier ministre Narendra Modi.

Si l'aboutissement des objectifs du CJP reste incertain, son impact est déjà considérable. La mobilisation récente est la plus importante observée dans la capitale indienne contre le gouvernement Modi ces dernières années. Le "Parti des Cafards" est devenu le symbole d'une jeunesse indienne qui refuse de se taire face à un système qui la broie.



