La scène politique bangladaise est de nouveau secouée par la jeunesse. Après avoir joué un rôle central dans le soulèvement historique de juillet-août 2024 qui a balayé l'ancien régime, la Génération Z du Bangladesh se retrouve de nouveau dans la rue. Moins de cinq mois après l'entrée en fonction du gouvernement actuel, mené par le Parti Nationaliste du Bangladesh (BNP), les aspirations de ces jeunes, à l'origine d'un changement politique sans précédent, semblent toujours en décalage avec la réalité.

Cette fois, c'est le système éducatif qui met le feu aux poudres. Le point de discorde : les examens du Higher Secondary Certificate (HSC), porte d'entrée à l'université pour 1,3 million d'étudiants. Initiées début juillet, ces épreuves ont rapidement été perturbées par des pluies torrentielles et des inondations qui ont dévasté le pays, notamment la région de Chittagong et des villes comme Dacca. Face à la catastrophe, le ministère de l'Éducation a reporté les examens dans cinq districts de Chittagong, mais a maintenu le calendrier ailleurs, même là où les conditions étaient tout aussi précaires. Des étudiants ont dû braver des eaux jusqu'aux genoux, parfois malades, pour rejoindre leurs centres d'examen, engendrant frustration et colère.

L'indignation a culminé avec les propos du ministre de l'Éducation, A. N. M. Ehsanul Hoque Milon. Une conversation téléphonique, diffusée sur les réseaux sociaux, le montrait comparant des étudiantes à des « poulets d'élevage » qui « tombent malades au moindre contact avec l'eau ». Aux cris de « Qui êtes-vous ? Qui sommes-nous ? Des poulets d'élevage ! », les jeunes ont bloqué des intersections clés à Dacca et dans au moins 13 districts, exigeant la démission du ministre.

Reuters

Le 14 juillet, la tension est montée d'un cran : des charges de police à la matraque contre les étudiants devant le Parlement ont ravivé des blessures profondes au sein de l'opinion publique. Face à l'escalade, le Premier ministre Tariq Rahman est intervenu. Le ministre a finalement présenté ses excuses au Parlement, reconnaissant les souffrances endurées par les étudiants et annonçant des dispositions pour des examens de rattrapage.

Ces décisions, bien que validant les doléances étudiantes, interviennent tardivement et montrent un manque de prévoyance et d'écoute de la part des autorités. Alors que les manifestations se sont apaisées, du moins temporairement, le débat reste vif sur les réseaux sociaux.