Pour de nombreux seniors en Corée du Sud, l'accès à l'éducation fut un rêve inaccessible, souvent brisé par les conflits, la pauvreté ou des traditions patriarcales profondément ancrées. Aujourd'hui, des initiatives d'alphabétisation offrent à cette génération l'opportunité de combler un vide laissé par l'histoire, leur permettant enfin d'apprendre à lire et à écrire.
À Séoul, des centres d'alphabétisation accueillent des apprenants âgés de 70 à 85 ans. Parmi eux, Yoo Gyeong-sun, née en 1952 en pleine guerre de Corée, est la seule de ses six frères et sœurs à n'avoir jamais été scolarisée. Pour elle, le manque d'éducation n'était pas lié à la pauvreté, mais à la conviction de son père que « les filles devaient rester à la maison » pour s'occuper de la fratrie. C'est sa propre fille qui l'a encouragée à s'inscrire à ces cours, équivalents au niveau élémentaire, en 2025.
Cette situation n'est pas isolée et révèle les profondes inégalités de genre qui ont longtemps structuré la société coréenne. Marquée par des valeurs confucéennes et une organisation familiale patriarcale, la Corée du Sud a officiellement maintenu le système du hojuje jusqu'à son abolition effective en 2008. Ce cadre légal faisait de l'homme le chef de famille et soumettait la femme à l'autorité successive de son père, de son mari, puis de son fils aîné. Une structure qui légitimait la privation d'accès à l'éducation pour les filles, souvent perçues comme n'ayant pas besoin de diplômes pour leur rôle familial ou professionnel.
Lee Jeong-yeon, née en 1941 sur l'île de Geoje durant la colonisation japonaise et ayant connu la famine, en témoigne. Sa mère insistait pour qu'elle travaille dans les champs, persuadée que les études étaient superflues pour les femmes. Elle se souvient avec une pointe de jalousie de ses deux grands frères, eux scolarisés, l'un jusqu'au collège, l'autre au lycée. À 85 ans, elle fait partie de ces femmes qui, avec une détermination inouïe, réécrivent leur histoire personnelle et sociale, prouvant que l'apprentissage n'a pas d'âge et que la lutte contre les inégalités passées continue.

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